Bonjour, noble aventurier,

Je suis Yorvan Wisly, géographe et naturaliste de l’Académie royale des Savoirs wontaniens.

Après de nombreuses années d’études passées entre les murs de l’Académie, j’ai enfin décidé de partir explorer le monde afin de confronter mon savoir à la réalité du terrain. La vie d’aventure dont j’ai toujours rêvé s’offre enfin à moi, avec son lot d’incertitudes, de dangers et de découvertes.

À la simple idée de contempler de mes propres yeux les ruines d’Akha-Lang ou d’arpenter les vestiges de la nécropole d’Hys, une intense excitation me gagne et m’empêche de fermer l’œil de la nuit.

Pourtant, je dois me reposer, car demain sera le grand jour. Celui où je franchirai les portes de l’Académie, non plus en tant que professeur, mais en tant qu’explorateur.

12 Maiea 70 de l’ère Borr.

Je suis parti de Blancastel il y a maintenant plus d’une semaine. J’ai suivi la grande route jusqu’à Rivehaute, où j’ai fait le plein de victuailles. À partir d’ici, j’ai décidé de n’emprunter que des chemins peu fréquentés pour poursuivre mon voyage. Je vais donc longer la côte vers l’est jusqu’à la rivière Fratt, puis la remonter jusqu’à Geltanne, la capitale de Fandagorn.

14 Maiea 70 de l’ère Borr.

En traversant l’épaisse forêt d’Elticia, j’ai eu la chance de tomber sur un spécimen de troll mycophage. Il était en phase de dormance, et j’ai pu l’observer en toute tranquillité, prenant même le temps d’en faire plusieurs croquis.

Ce sont des créatures paisibles, mais je me suis bien gardé de m’approcher. Je ne connais que trop bien leur violente réaction lorsque l’on s’en prend aux champignons dont ils se nourrissent, même si on en piétine un par inadvertance.

Je pense rester plusieurs jours afin de l’observer en toute discrétion. C’est une occasion exceptionnelle, surtout si tôt après mon départ.

17 Maiea 70 de l’ère Borr.

Ces trois jours passés à étudier le troll mycophage furent un réel plaisir riche en enseignements. J’ai hâte de montrer le fruit de mes observations à mes collègues de l’Académie, surtout à cette peste de Yorinna.

Toutefois, il est temps pour moi de reprendre la route.

19 Maiea 70 de l’ère Borr.

Me voici à Geltanne, la capitale du royaume de Fandagorn. Je n’y étais encore jamais venu. Ce qui frappe le plus, c’est la multitude de boutiques et d’étals qui depuis les quais de la rivière Fratt, s’étendent dans toutes les rues de la cité. Des marchands de tous horizons proposent des articles allant de la nourriture aux armes, en passant par des bijoux et toutes sortes de babioles exotiques.

C’est incroyable ! J’ai même croisé un homme-serpent venu de la lointaine Nassa, du pays de Nalya.

Les Fandagorniens sont également très fiers de leurs fameux lions des montagnes qui vivent sur les contreforts de la Dent Blanche, le plus haut sommet de cet incroyable royaume. Je rêve d’en voir de mes propres yeux. Malheureusement, ce n’est pas ma route. Demain, je partirai vers le sud-est et traverserai les plaines d’Alanganie en direction de Xartas.

20 Maiea 70 de l’ère Borr.

Je suis parti ce matin aux aurores avec un léger pincement au cœur. Il y a tant de choses à découvrir dans cette ville qu’une semaine n’aurait pas été de trop. Mais mon but n’est pas de faire du tourisme. Je suis parti explorer le monde pour confronter mon savoir à la réalité et je ne dois pas me laisser distraire.

Les plaines d’Alanganie sont un peu monotones, je dois dire. Une prairie d’herbes sèches à perte de vue, parsemée de quelques arbres çà et là.

Ce soir, j’ai trouvé un bon endroit pour bivouaquer, près d’un petit point d’eau. Je vais monter ma tente à bonne distance. Peut-être qu’avec un peu de chance, des animaux viendront s’y désaltérer.

21 Maiea 70 de l’ère Borr.

Quelle chance ! Ce matin, alors que le soleil se levait à peine, trois magnifiques griffons sont venus s’abreuver au point d’eau.

Je me suis approché le plus possible en rampant dans l’herbe et je les ai observés pendant plusieurs dizaines de minutes.

Quelle majesté, quelle noblesse dans leur maintien ! Ce sont véritablement des animaux de légende.

Lorsqu’on les voit de si près, on comprend pourquoi ils sont au sommet de la chaîne alimentaire. Des serres acérées, des muscles puissants et une vue perçante : ce sont des prédateurs par excellence. Et ils sont d’une vive intelligence. Je suis certain qu’ils m’ont remarqué, mais aucun d’eux n’a fait le moindre geste indiquant qu’il était sur le qui-vive. Ils ont dû comprendre que je n’étais pas une menace et m’ont laissé tranquille.

J’ai quand même eu beaucoup de chance. S’ils avaient été affamés, je ne serais peut-être plus là pour écrire ces quelques lignes.